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Caroline Chariot-Dayez

Présentation

 

Quand un philosophe peint, il peint la peinture. Sa peinture se fait réflexion sur elle-même et le tableau est toujours auto-figuratif.

Ici, la réflexion prend un tour métaphysique. Quand le peintre voit les choses visibles, il ne les voit pas retranché, comme d'un balcon. Il les voit du dedans d'elles, parce que son corps est l'une d'elles. Il est un visible qui voit le visible. En lui, le visible est comme retourné sur lui-même. Un creux est aménagé, un pli sans l'ombre duquel  ne pourrait naître la perception visuelle.

Tout se passe comme si le dévoilement des choses était plissement, tissu, ... toile.

Quand le peintre peint, c'est le monde qui se plisse et se fait toile. La peinture est toile par essence. La toile n'est pas cette chose que le peintre recouvre de couleur. Elle est le substrat métaphysique du geste de peindre. Elle émane des choses visibles quand un visible les creuse et regarde, comme leur croûte, leur peau sur laquelle les couleurs apparaissent comme des sécrétions. Le visible se peint. Et le peintre n'est rien que la toile qui l'habille.

 

Caroline Chariot-Dayez est née en 1958 à Bruxelles. Dès son plus jeune âge, la peinture  fait partie de sa vie comme son aliment le plus essentiel. Au moment d’entamer des études, sa préoccupation est de comprendre ce qu’est la peinture. C’est dans cette optique-là qu’elle choisit d’entrer à la Faculté de Philosophie. C’est alors le coup de foudre pour les oeuvres de Maurice Merleau-Ponty, phénoménologue français, qui marquera en profondeur son oeuvre picturale.

 

Son existence est faite d’interférences incessantes entre la philosophie, qu’elle enseigne, et la peinture. Elles sont comme les deux faces d’une même démarche, comme l’envers et l’endroit. Mais jusqu’à quarante ans, elle éprouve de la réticence à  dévoiler son travail de peintre au public (à l’exception d’une émission de la RTBF “Les arts en liberté”, en mars 1995, où Christian Bussy la présenta)

 

L'ENDROIT

 

Voir page Tableaux.

 

L'ENVERS

(On n’est pas obligé d’aller voir derrière ; l’endroit se suffit à lui-même (1))

 

Réflexion de la peinture sur elle-même: le tablier comme première toile

En peintre-philosophe, elle peint la peinture et tous ses tableaux sont auto-figuratifs.

Cette auto-figuration de la peinture, c’est d’abord le tablier de peintre, comme la toile primitive sur laquelle les premières couleurs apparaissent.

 

La peinture, à l’œuvre dans les choses-mêmes

Toute création est expérience de dépossession: le peintre s’oublie lui-même, fasciné, happé par ce qu’il voit.  Il n’est qu’une main guidée par les choses visibles, comme si c’étaient elles qui lui dictaient le geste à accomplir. Il n’y a pas de face à face du peintre et du monde, mais une sorte d’absorption du peintre par le monde. Quand il peint les choses, le peintre leur appartient. A travers lui, c’est le monde qui se peint; il y  a une peinture dans les choses. Les couleurs, les lumières viennent d’elles-mêmes sur le tableau, comme dans le poème de Prévert, les ombres projetées sont comme fixées, retenues, sauvegardées par la toile , telle une impression sur papier sensible (cf. le mythe antique sur l’origine de la peinture selon lequel la peinture est née du contour qu’une jeune fille fit de l’ombre du profil de son ami  ) (La première phase, impression; ça peint). Les choses peignent, le réel  se dévoile, mais il faut attendre, être patient, laisser le processus d’impression s’accomplir, les couleurs et les formes émerger du blanc, comme dans le mythe du linge de Véronique (Phainô, Tropisme).

 

Le pli comme emblème de la peinture

Le peintre peint. Un visible se retourne sur le visible. C’est comme si le monde visible était replié sur lui-même (Narcisse comme inventeur de la peinture) (réflexion dans un atelier; toile; repli) ; un creux est aménagé dans la surface des choses, un pli sans lequel il n’y aurait ni vision, ni peinture. Une peinture n’est pas appelée toile par hasard: une peinture est toile par essence.

 

Le pli comme clé métaphysique de la réalité

Le pli est la figure de l’être dans sa manifestation, le chiffre de la réalité dans sa vérité et sa beauté (cosmos; le premier jour). Au lieu de voiler, la toile dévoile. Mais le dévoilement n’est jamais total: l’ombre et  la latence du pli lui sont inhérents. Le monde est plein de secret. La singulière lueur tapie dans la profondeur de l’ombre d’un pli est comme un appel venu d’un autre monde (l’échelle de Jacob)

 

 

Note :

 

1. La peinture et la philosophie  comme l’envers et l’endroit d’une même démarche.